Dominance n’est pas Respect

Dominance n’est pas Respect ou l’art de ne pas prendre tes potes pour des râteliers mobiles.
Dans le monde enchanté du Prince Kandide du Pré Carré, le troupeau de belettes, de carpes koï, de pique-bœufs et de poules pondeuses obéit à une règle d’or : on ne galope jamais au coup de sifflet. Pourtant notre petit Kandide, tout fier de son nouveau statut, en a fait les frais.
Sous l’influence de la matonne dominante du troupeau, Kandide s’était mis en tête qu’il serait le chef d’orchestre du Tempo Universel.
Dans la certitude de détenir la Raison Collective ( et toutes les clés de tous les abris de l’infini et au delà.. ), il pensait que son hennissement impérieux suffirait à faire trembler les sabots, les griffes, les nageoires de tout le voisinage.
– Décider de l’allure ? Facile.
– Choisir quelle mangeoire tout le monde devrait utiliser ? Élémentaire.
– Décréter que tout le monde devrait s’enfuir à l’autre bout du pré à l’instant précis qu’il aurait décidé ? Un jeu d’enfant.
– Refiler au petit peuple ses vieux restes de foin ? Une évidence.
Le problème, c’est que Kandide ne comprend pas pourquoi certains de ses copains, depuis quelques temps, ne lui emboîtent plus le pas immédiatement, avec cette gratitude éternelle, qui nourrissait jusque là son besoin de dominance et son ego. Les décisions lumineuses et unilatérales de sa majesté princière étaient pourtant uniques au monde.
Dans le cas des bipèdes, à travers leur relation avec les chevaux, imposer un changement de pied en l’air au dernier moment, sans laisser à son cheval la volonté de coopérer et le temps de se préparer à le faire dans de bonnes conditions, ce n’est plus une « invitation au partage », c’est une injonction, une soumission forcée. Cela revient à mettre de force un licol invisible sur la tête de ceux qu’il prétend respecter et choyer.
Sous couvert de complicité, notre petit polisson de Kandide exige en réalité une soumission absolue et sans condition à son agenda de ministre.

Pourtant, n’importe quel mammifère bipède avec du tact, sait que pour demander un départ au galop, on met d’abord sa monture dans les bonnes conditions physiques et morales pour accéder à cette demande et dans l’équilibre qui convient. Il l’avertit, il prépare sa demande, ensuite il propose et le cheval choisit, de bonne volonté, de coopérer. Il s’agit d’une invitation polie, en aucun cas d’une mise en demeure par huissier.

A ce mammifère-bipède maladroit qui exige de sa monture une obéissance immédiate pour une figure, à une lettre précise du manège, sans préparation et sans lui laisser le choix, ce serait un peu comme s’il lui disait:
– Tu fais ce que je dis, c’est moi qui décide, et ton avis, je m’en sers pour pailler mon abri.
Le mammifère-bipède ( ou le poulain ) qui se comporte ainsi, n’installe pas une relation saine de confiance et de respect. Parceque l’individu indélicat qui agit de la sorte, cherche seulement à dominer son monde, à faire obéir ses subalternes, ses suiveurs, pour le plaisir de les dresser à la baguette.

Epona

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