
J’ai croisé hier en revenant de promenade, mon copain Riboustaille , tu sais, ce petit hongre alezan, tout calme, et bien il était entrain de discuter avec Bouthironde, sa copine selle français, une jument toute fine, plutôt laconique, le genre de jument qui parle peu, mais qui frappe juste.
Ils racontaient avoir observé deux mammifères bipèdes entrain de s’époumoner à faire tournoyer leur longe de 8m comme un ventilateur de chantier, tout autour de leur pouliche qui se demandait bien ce qui lui arrivait. Il paraîtrait qu’ils essayaient de conserver leur pouliche « à distance », et aussi de la « faire bouger ». Drôle de façon de s’y prendre, tu ne trouves pas? et en tout cas, pas très fair play, comme attitude, pour des bipèdes qui prétendent aimer et respecter leurs chevaux…
– En effet, répond Bouthironde, quand tu penses que nous, on est capable de sentir un moustique se poser sur notre dos… nous n’avons qu’à donner un coup de queue et le problème est vite réglé. Une seule fois, précise, rapide, on ventile et on n’a pas besoin d’une corde ni de matos d’équitation dite éthologique !
– Et ce que je trouve le plus insupportable, ce sont leurs ratiocinations à n’en plus finir, car ils justifient entre eux, tous leurs tâtonnements en permanence, pour s’apercevoir qu’ils n’arrivent à rien obtenir de nous, mais le côté positif, c’est qu’on peut roupiller tranquilles pendant qu’ils s’agitent tout seuls en arborant une mine concentrée pour se donner une contenance.
– Tu as raison, ils font du vent, pour rien, mais tu me donnes une idée, là …
Et si on inversait la chose, histoire de rire un peu?
Imagine qu’on le fasse en douceur, dans le calme, on débourrerait nos bipèdes avec comme seul outil, notre queue:
Tu commences à faire tournoyer ta queue comme tu sais si bien le faire lorsqu’ une mouche plate te dérange, mais tu le fais précisément au moment où ton bipède s’apprête à te curer ou graisser un sabot postérieur, d’un geste bref, précis, calculé, en mode didactique, et là, tu lui dis:
– Doucement ma belle, lâche moi un peu la jambe et reste à distance, veux-tu? Tu vas voir que tu vas finir par comprendre !
Et là, Riboustaille, là où eux nous traitent comme de gros balourds, qu’il faut débourrer avec des cordes et toute leur panoplie, nous on a les outils intégrés, notre queue, simple outil, écologique et précis et nous sommes concis. Nos mammifères bipèdes, on les éduque comme on chasse les mouches, avec élégance et en quelques secondes, alors qu’ eux, il leur faut bien 45 minutes pour nous amener à ce qu’on garde nos distances avec eux ! Les pauvres, ils sont tellement pathétiques. Mais si attachants, surtout lorsqu’ils arrivent le soir avec notre picotin;
Kandide
