Le supplice de Tantale

Qu’on se le dise, le mammifère bipède obéit à d’étranges rituels. Lorsqu’il arbore une tenue propre, toute démonstration d’affection de ma part est immédiatement repoussée : je dois me contenter de le voir de loin; ma simple présence risquerait de souiller ses habits neufs. « Tu peux toucher, mais avec les yeux », me dit-elle, en maintenant une distance de sécurité . Elle me jette alors la ration au sol, comme à une bête de foire, mais je suis compréhensif, après tout, ce n’est pas comme si j’étais son petit cheval unique et préféré..
Plus déconcertant encore, son pseudo-rituel de Tantale : imaginez la exhiber une poignée de bonbons à la framboise sous mon nez, pour au final, ne m’en donner qu’au compte-gouttes.. dans le meilleur des cas, si elle ne les range pas dans sa poche, après m’avoir bien fait bisquer.
Ces démonstrations, que je perçois comme de l’avarice affective, méconnaissent une des lois fondamentales de la psychologie des chevaux : on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, et encore moins son petit Kandide avec de fausses promesses de friandises.

Tout mammifère bipède qui voudrait des largesses
Doit m’offrir sans compter friandises et tendresse.
Si tu crains la gadoue et rationnes le grain,
Tu n’obtiendras de moi que distance et dédain.

Kandide

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