
« Je pensais vraiment être capable de régner sur mon empire de moustiquaires », grommelait mémé qui brassait l’air en faisant des huit avec son barbecue à diptères en forme de raquette. On a beau s’équiper de remparts de toile fine contre les insectes, toute une armada ailée, minuscule et obstinée, débarque et se joue des frontières, avec une désinvolture insoutenable.
Mémé s’agite, elle brandit ses raquettes ridicules, pour livrer une guerre sans merci pendant 10 minutes chrono, suffisantes pour que les victimes se comptent par centaines.
Le ridicule ne tue pas, quoique…
Dans un élan de générosité, Mémé va offrir ce « météore de protéines » à ses protégées, dont je suis jaloux. Celles dont elle espérait quelque gratitude. Elle s’est pris un « big fail ». Les princesses de basse-cour l’ont toisée avec mépris et n’ont même pas daigné s’approcher. Depuis mon abri, immobile et laconique, je contemplais la scène avec une pitié indulgente. Quant à la tégénaire que mémé avait engagée en CDD pour veiller sur l’ordre intérieur de sa maison, cette fainéante dormait du sommeil du juste, parfaitement indifférente à la manne.
Quelle ingratitude; le tableau de mémé qui courait après les mouches et s’épuisait en gestes inutiles, le petit royaume des plumes, des crinières et des toiles oubliées dans les recoins qui la regardait, amusé, s’ escrimer, un délice !
Kandide