Parasitisme social chez les bourdons-coucous

Connaissez-vous une espèce d’hyménoptère qui cocherait toutes les cases du vice ? usurpation, esclavagisme, gestion locative ? C ’est le bourdon coucou.
J’étais occupé à brouter paisiblement dans mon pré carré, lorsqu’attiré par les cris et les vols erratiques, j’ai levé le nez. Mes carpes koï étaient entrain de compter les points dans une bataille de territoire qui était déjà bien entamée.
Le raffut provenait de cette vieille bourdonne que tout le monde craint au terrier.. Dame Matonne arrive toujours avec un peu tard dans le printemps, au moment où les autres ont déjà bien travaillé.
Cette femelle Bombus vestalis, dite « bourdon coucou », est un parasite social obligatoire de Bombus terrestris., le gentil bourdon que tout le monde connaît ; Dépourvue de corbeilles à pollen et de capacité fondatrice, Dame Matonne ne construit pas de nid. Son cycle débute tardivement, après l’établissement de la colonie hôte.

Sa stratégie d’infiltration procède par mimétisme chimique : elle s’imprègne des hydrocarbures cuticulaires de la colonie cible en se frottant aux alvéoles. Cette dissimulation olfactive lui permet d’éliminer la reine fondatrice sans déclencher d’agression. Elle s’approprie alors le mâle hôte et la descendance ouvrière en développement.

Les ouvrières émergentes, filles de la reine tuée, élèvent la progéniture de la parasite. B. vestalis ne produit aucune caste ouvrière. Sa ponte est exclusivement constituée d’individus sexués, futurs mâles et reines. La force de travail est intégralement issue de l’hôte et opère au bénéfice de la lignée parasitaire.
C’est un cas de cleptoparasitisme reproducteur avec usurpation de nid et esclavage larvaire. En termes économiques, l’espèce a « externalisé » la nidification et l’approvisionnement au profit d’une spécialisation dans la reproduction sexuée. On peut y voir l’équivalent biologique d’une OPE hostile : par la prise de contrôle d’une unité de production fonctionnelle, l’éviction de la direction en place, la conservation des actifs et réorientation de la production à l’avantage du parasite.
Bombus vestalis illustre une optimisation évolutive vers le parasitisme : la réduction des structures de récolte, la perte de l’instinct fondateur, la maximisation du rendement reproducteur via l’exploitation d’une société préétablie. La colonie hôte maintient l’illusion d’une continuité fonctionnelle, alors que la finalité génétique a été substituée.

Une stratégie sobre, efficace, et remarquablement peu syndicale.
Décidément le règne animal est truffé de Tartuffe et d’importuns, finalement les bipèdes ne sont peut-être pas aussi terribles ?
Kandide

Références : Bellmann, 2006 ; Chinery, 1973.

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