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Calme, en avant, droit
Général Alexis l'Hotte
 
Rss Horizons équestres et besoin compulsif.



Imaginons une personne qui va passer son temps à projeter des voyages pour découvrir d'autres horizons exotiques sachant que tout près d'elle elle n'a pas encore exploré tous les trésors qui s'offrent à ses yeux , cette même personne qui va passer ses soirées à sortir entre amis et à faire la fête jusqu'à pas d'heure et jusqu'à plus soif. Tout se passe comme si la personne, en l’occurrence le cavalier, passait son temps pour se rassurer, dans le but de pallier la fuite du temps, en voulant suivre en permanence des stages.
Cette personne là cherche à se rassurer, pour le plus plus grand bonheur de certains opportuns qui voient là une occasion inespérée de vendre des stages à prix d'or et/ou de recommander leurs pairs auprès de leurs clients, bouclant une boucle bien juteuse, dans une grande dynamique qui vise parfois à infantiliser et dont l'objectif principal est bien de fidéliser une clientèle. L'élève fragile peut être amené à vouloir prendre de manière frénétique des leçons avec tel ou tel intervenant très à la mode de manière tellement rapprochée qu'entre temps il n'a pas le loisir de mûrir les enseignements qu'il a reçus entre deux leçons. L'efficacité est-elle au rendez-vous, même si la qualité de l'enseignement est là?
Et si cette personne là, quelque part dans son fort intérieur, avait peur à un moment donné, de se retrouver toute seule face à elle-même, et était manipulée pour à terme, manquer suffisamment de confiance en elle et dans ses capacités de progresser par elle-même en plus de l'aide d'autrui, pour alimenter tout un système?
Les attentes et ces demandes compulsives des cavaliers, propriétaires ou non, ce besoin de tout, de tout de suite, s'inscrivent en fait dans un malaise généralisé pour les jeunes générations et les moins jeunes, les personnalités fragiles, et conduisent à des comportements qui ne sont pas tout à fait délibérés mais sont plutôt le fruit d'un laisser-faire, dans une sorte de spirale inflationniste de ce désir de satisfaction immédiate qui ne sera finalement jamais assouvi.

Est-il possible d'être heureux si l'on est en permanence tiraillé par le désir de quelque chose de plus, que l'on est tendu par les objectifs qu'on se fixe, que l'on imagine en permanence que le meilleur sera pour le lendemain? Existe-t-il un moyen de distinguer un vrai besoin d'un faux, créé de toute pièce?

Pour prendre un exemple, une discipline comme le dressage nécessite, tout comme l'entraînement à l'obstacle, d'être régulièrement contrôlé par un expert, dans la posture et cet œil extérieur aide grandement pour progresser, pour s'assurer de la rectitude en temps réel, de la conservation de l'équilibre parfait, conditions nécessaires à une équitation fine et tout en légèreté.
Seulement ce qu'on ne nous dira pas, c'est qu' au quotidien il est utile voire nécessaire de travailler également seul avec son ou ses chevaux, en particulier dans les exercices d'étirements, les exercices de gymnastique destinés à assouplir, redresser muscler entretenir le physique et le mental de son cheval, personne mieux que son propriétaire ou son cavalier habituel, n'est mieux placé pour gérer au quotidien le rythme à suivre, conduire de manière optimale la séance qui va respecter l'intégrité du cheval dans le respect, la patience, la lenteur, la qualité de communication.
Ce sont là des conditions difficilement compatibles avec une séance de cours qui par définition est bornée dans le temps, dont le thème est bien souvent imposé au couple cheval-cavalier et dont la durée d'une demi-heure ou d' une heure ne suffira probablement pas pour être optimale et efficace, dans le respect de la décontraction du cheval...

Il peut être intéressant, avant de prendre une leçon, d'effectuer un petit diagnostic préalable, avec un petit tableau qui recense les points à améliorer pour nous cavalier, ceux qui concernent notre cheval, tout en restant dynamique et dans un mode de pensée critique, sachant que le cheval ne sera pas nécessairement dans l'attitude mentale adaptée précisément à l'exercice qu'on va lui proposer en cours.

Une qualité d'adaptation de l'enseignant en fonction de facteurs exogènes est également nécessaire et cette propension à réorienter un travail spécifique en temps réel est un plus, seul un enseignant à l'écoute pourra en faire preuve.
Cette qualité va conditionner la réussite de la séance de travail. La remarque est particulièrement pertinente pour les cavaliers qui travaillent des juments susceptibles, des chevaux entiers, tout cheval de sang, sensible.
Trouver la perle rare qui va accepter de s'adapter en fonction de la disposition physique et mentale du cheval et du cavalier, le jour de la séance de cours. Le vrai pédagogue qui saura également orienter le cavalier qui souhaite travailler tel point particulier, à la lumière de ce qu'il voit en temps réel, pour aller soit dans le même sens, soit pour proposer une meilleure alternative. L'objectif premier sera d'apporter en priorité le confort au cheval afin qu'il soit en mesure de permettre à son cavalier de progresser dans des conditions pérennes, et non l'inverse.

Le souci avec une approche respectueuse du cheval en priorité, c'est non seulement de ne pas s'endormir en enseignant des exercices génériques de mécanisation, qui vont non seulement blaser et fatiguer inutilement le cheval, mais aussi n'apprendront rien ou peu de choses au cavalier.. C'est le cas en particulier des systèmes proposés en hiver avec des lignes de cavaletti, fort abêtissants pour le cheval et pas nécessairement très efficaces pour enseigner les bons réflexes au cavalier: Lorsqu'un enseignant sait observer avec justesse son élève, il est en mesure sur un passage sur un croisillon, de corriger le défaut essentiel, simplement en lui donnant au bon moment le conseil qui va définitivement permettre à l'élève de corriger sa posture, pour en toute circonstance rester au dessus de ses pieds sans gêner son cheval.

Par exemple l'intérêt limité de la barre posée au sol puis l'obstacle isolé par rapport aux lignes à foulées constantes ou pire, avec les barres de réglage entre les obstacles, qui n'apprennent rien ni au cheval ni au cavalier. Il est largement préférable, dans le cadre d'un cours particulier d’enseigner au cavalier à attendre patiemment son saut, tout en mettant le cheval dans les conditions d'équilibre, de cadence et de tracé correctes qui vont conditionner une bonne approche du saut par l'élève et une réception dans l'équilibre idéal pour enchaîner ensuite, sans que le cheval n'ait à souffrir de déséquilibre quel qu'il soit. d'où l'intérêt pour les clubs d'avoir une cavalerie bien éduquée et adaptée aux exigences de formation des cavaliers.

On visionne parfois des extraits de cours dispensés avec des élèves qui passent et repassent incessamment sur des systèmes de barres fatigantes pour les chevaux, en reproduisant sans cesse les mêmes fautes, avec des chevaux qu'on laisse s'ouvrir et partir à la réception au galop à faux, ou alors des chevaux qui sont de véritables selleries ambulantes, affublés d'enrênements toujours plus durs ou complexes, et qui n'autoriseront jamais au cavalier de sentir quelles actions produiront quels effets, et au cheval de distinguer qui du cavalier ou de l'enrênement a agi?

Sans parler des cavaliers qui montent à cheval dans le but de franchir des barres, et dont le plaisir est d'enchaîner sur des combinaisons d'obstacles toujours plus hauts, dans des épreuves de plus en plus techniques et prestigieuses pour satisfaire un égo surdimensionné, ces mêmes cavaliers qui vont voir se succéder dans leur piquet des chevaux régulièrement renouvelés parce que devenus de plus en plus difficiles à mener à cause de l'imprécision de leur cavalier, il existe hélas des gens qui, victimes de notre belle société de consommation, devant un "tout nouveau tout beau" stage à la mode, un nouvel enrênement, une nouvelle technique équestre, vont se dire aussitôt:
- Tiens c'est nouveau, c'est à la mode, il me le faut! je dois tester cela!
On se pose alors la question naturellement, au regard des besoins du cheval et des nôtres, si au delà d'un niveau minimum de matériel de bonne qualité, le désir compulsif de changer pour changer, ne masque pas le plus important, ce qui est vital?
Savoir discerner le nécessaire du superflu.
Attacher de l'importance à la couleur d'un tapis de selle avec ou sans strass, à des protections plutôt qu'à la nécessité de monter avec un mors simple plutôt qu'un mors à effet de levier...
Qu'est ce qui est essentiel finalement? Consommer des émotions en se faisant plaisir sur un système de cavaletti d'hiver ou bien aller à l'essentiel en construisant lentement le couple cavalier cheval à travers une éducation fonctionnelle du cheval et une éducation du cavalier aux réels besoin du cheval, sans suivre les phénomènes de mode et le spectaculaire?
Pour cela le cavalier est censé accepter de se remettre en question. il est utile qu'il soit respectueux de son cheval et en mesure d'accorder sa confiance à l'enseignant qu'il a choisi. Il est utile également que l'enseignant soit lui aussi, respectueux de l'élève qu'il a en face de lui, en plus de respecter l'intégrité physique et mentale des chevaux.
On parle tellement rarement des qualités que l'enseignant a intérêt à développer pour transmettre au mieux son savoir et savoir-faire, et parmi les nombreuses qualités qui lui sont demandées: l'humilité, le respect de l'élève en font partie.
Le cavalier que l'enseignant a comme élève n'a pas nécessairement les mêmes qualités physiques que lui, certains élèves vivent en situation de handicap physique ou moral et malgré tout, sont capables de développer des trésors de patience et de compétence pour vivre une relation privilégiée avec les chevaux ou leur cheval, charge à l'enseignant de tenir compte des traumatismes vécus par l'élève et gravés en lui, invalidant certains gestes mais ayant permis à l'élève de développer une acuité dans un autre domaine pour compenser le déficit. L'enseignant à l'écoute de tous les paramètres, si l'on parle de plasticité des facultés physiques ou neurologiques, on peut également penser plasticité de l'orientation des pensées de l'enseignant, qui vont lui permettre de s'adapter à son élève et à son cheval en temps réel, pour conserver un cap dans la progression du couple cavalier-cheval. Cette adaptation passe nécessairement par l'acceptation de ne pas être la seule référence, celle de l'élève est également à prendre en compte, avec son passé et ses propres spécificités, et lorsqu'une difficulté surgit qui n'a pas été prévue, tenter de comprendre ce qui s'est passé chez l'élève ou le cheval plutôt que de s'arrêter sur le ressenti personnel comme c'est parfois le cas, sans chercher à chaque instant forcément à obtenir un retour positif.
Pour faire progresser un couple cavalier-cheval adolescent ou enfant, il existe un échange affectif indéniable, utile pour éviter tout conflit. Les attentes des uns ou des autres peuvent malgré tout être déçues et peser sur les relations au fil du temps, et il est parfois utile de savoir faire table rase de certaines circonstances déplaisantes, pour être certain pour l’enseignant de bien savoir décoder en temps réel, les attentes du cheval ou du cavalier, et pour le cavalier les attentes de l'enseignant qu'il a choisi.
Dans le mot "attendre" on lit le radical "tendre". On pourrait dire "tendre vers" un résultat, qui ne va pas nécessairement être atteint immédiatement, et s'agissant d'êtres humains dont l'intelligence est plutôt complexe, les non-dits ne sont pas toujours évidents à décrypter et en tout cas bien plus difficiles à lire que chez les autres mammifères.

Les attentes des uns et des autres sont immanquablement sources d'incompréhensions, de stress chez l'élève comme chez l'enseignant, dont l'objectif de résultat est bien souvent perçu comme une épée de Damoclès. On peut avoir une intuition des grandes lignes à respecter, mais force est de reconnaître que chaque cas est un cas particulier, ajouter à cela les avaries, l'humeur changeante d'une jument ou les états d'âme d'un entier face à l'approche du printemps, la fatigue physiologique d'une cavalière ou la contrariété momentanée qui accable tel cavalier... autant d'imprévus qu'il va falloir apprendre à gérer durant toute une vie d'enseignant.
Sans compter que même si l'on parle la même langue française, le poids des mots, leur sens, l'intonation, la perception, peuvent être interprétés, de même que la posture, l'attitude.
Chaque être humain n'est-il pas finalement un livre écrit dans une langue dont on ne connaît pas nécessairement l’alphabet?
Être heureux à cheval, pour le cavalier enfant, adolescent ou adulte, c'est un peu un moment d'abandon et de détente, de lâcher prise avec le cheval dans un premier temps, un moment où le cavalier pour entrer en communication avec son cheval, va aborder l'instant présent en acceptant de se mettre en phase avec le rythme de son cheval et non l'inverse, mais aussi le rythme propre à l'autre.
Aller dans le sens du cheval pour le cavalier et pour l'enseignant, accompagner un élève, pour le cavalier accepter l'ondulation de son cheval dans le mouvement en avant, le tout dans une pluralité de points de vue et de réponses, toujours très enrichissantes pour le cheval, le cavalier, et l'enseignant.

Bonne et belle journée à toutes et tous
 
 
Note: 5
(2 notes)
Ecrit par: sleipnir, Le: 12/02/18